GEOPOLITIQUE /
LES DEFIS DE LA MULTIPOLARITE
Aussi chaotique qu'imprévisible, le monde globalisé du premier quart du XXI siècle est toujours plus multipolaire mais toujours moins multilatéraliste. En un sens, la mondialisation fut une dispersion. Et son héritage, même trahi, explique que les moyens de s'affirmer comme de peser sont actuellement diffus, dessinant une planète à la fois aplatie par la relativisation du poids des grandes puissances et hérissée des capacités limitées mais réelles de nouveaux acteurs.
Les États sont restés les acteurs centraux de l'ordre international, pour le meilleur, la coopération comme pour le pire, les tensions et la guerre, mais poids lourds, demi-lourds ou moyens, ils s'affranchissent de nombre des règles qui avaient structuré le systeme international aprés 1945. Le multilatéralisme tel qu'il fut rêvé au siècle dernier est la conscience de la nécessité d'œuvrer ensemble par le dialogue pour résoudre les défis communs mais aussi les différents afin de poser les bases d'une gouvernance globale. Mais la multipolarité mondiale croissante semble toujours plus celle du tous contre tous d'un monde fondé avant tout sur les rapports de force. Un systeme organisé en une multipolarité déséquilibrée est de nature à produire plus d'instabilité que toute les autres configurations possibles. Le monde de l'aprés-Seconde Guerre mondiale fut bipolaire, structuré par la rivalité entre les américains et l'Union soviétique. Celui qui a suivi l'effondrement de l'URSS fut unipolaire, dominé pendant un peu plus d'une décennie par l'hyperpuissance américaine. Un tournant, au début invisible, s'est amorcé aprés l'intervention américaine en Irak de 2003, avec une vaste dérégulation de l'ordre mondial aussi bien politique qu'économique. Ensemble, les économies développées pesaient en 2000 quelques 57% du PIB mondial évalué en parité de pouvoir d'achat par le FMI, et celles des émergents et en développement, 43%. Un quart de siècle plus tard, le rapport s'est inversé. Certes, à l'échelon mondial, très peu de puissance sont en mesure d'exercer leur pouvoir de manière décisive. Il y a bien sûr les États-Unis et la Chine. L'Union européenne ne constitue pas un acteur géostratégique souverain. L'Inde peine à devenir acteur global. Quant à la Russie, elle a surtout démontré son pouvoir tyrannique. La nouvelle multipolarité résulte avant tout de l'arrivée en force de puissance moyennes qui s'imposent dans leurs régions respectives et en font un levier pour peser dans une donne toujours plus globalisée. L'avenir du Moyen-Orient se décide au moins autant à Riyad, Jérusalem et Téhéran qu'à Washington, Moscou ou Pékin. Mais cette déprise est plus particulièrement évidente pour l'Occident, dont le pouvoir sur le monde semblait bien établi depuis plus de trois siècles. Les États-Unis comme l'Europe ou leurs alliés asiatiques comme le Japon ont en effet perdu leur capacité à fixer la norme aussi bien pour le mode de gouvernement, l'environnement que pour les droits de l'homme. Le systeme des Nations unies est en panne ( décapité par Donald Trump ), notamment pour son pilier central, la sécurité collective, avec un Conseil de sécurité confisqué et paralysé qu'il ne le fut pendant la guerre froide. En revanche, des forums internationaux ou des organisations alternatives régionales ont le vent en poupe. Le G20, qui réunit les vingt premières économies mondiales, s'affirme davantage comme un concurant pour des institutions plus officielles, dont l'ONU elle-même. C'est aussi la raison du succès croissant des BRICS, qui réunissent désormais dix pays en un mode très informel mais symboliquement fort se posant en porte-voix d'un " Sud global". La Chine et la Russie ont créé l'Organisation de coopération de Shanghai où affluent les candidatures de tout les pays de l'Eurasie, ou suscitent l'intérêt de pays comme la Turquie, membre de l'OTAN et candidate à l'Union européenne, qui a un statut d'observateur.
La guerre économique redouble d'intensité aujourd'hui, car plus le libre-échange progresse, plus les foyers de conflit s'allument. Hier, les produits extractifs et manufacturés, demain l'agriculture, les services. En outre, de nouveaux belligérants, les pays émergents, alignent désormais des contingents impressionnants. Enfin, ( nous voulons des hommes libres, pas des exclaves bien nourris, sachant, que même des hommes libres peuvent mourir de faim ? )
MOHAMMED CHERIF BOUHOUYA
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