mardi 12 mai 2026

 GÉOSTRATÉGIE 

TERRES RARES / L'AFRIQUE AUSTRALE / ENTRE CORRIDORS  STRATÉGIQUE ET ENJEUX ÉCONOMIQUE

Cuivre, cobalt, manganèse, Lithium, ces minerais, devenus indispensables aux batteries, aux réseaux électriques, aux énergies renouvelables et à l'industrie numérique, ne relèvent plus seulement du commerce international, ils constituent désormais des actifs stratégiques au cœur des politiques industrielles et de sécurité économiques des grandes puissances. 


À l'heure de la transition énergétique et de la réindustrialisation stratégique, l'Afrique australe s'impose comme l'un des défis géopolitiques globales. Dans ce nouveau cycle, la compétition ne porte plus sur l'accès aux gisements, mais sur la maîtrise de l'ensemble des chaînes d'approvisionnement : extradition, financement, transport, transformation et sécurisation des flux. La région Afrique australe et des grands Lacs concentre une part exceptionnelle de ces enjeux. La république démocratique du Congo ( RDC) fournit près de 70% du cobalt mondial; la Zambie figure parmi les 10 premiers producteurs de cuivre; l'Angola émerge comme acteur important des terres rares; l'Afrique du Sud demeure un acteur clé du manganèse, tandis que le Zimbabwe et la Namibie émergent dans la production et la transformation de Lithium. Cette concentration intervient alors que la demande mondiale de cuivre, tirée par l'électrification et les infrastructures énergétique, connait une hausse structurelle appelée à s'inscrire dans la durée. En se sens, le cuivre risque d'affronter un déficit d'approvisionnement de 30% d'ici 2035. Cette configuration alimente une nouvelle ruée vers l'Afrique. Plus loin que le modèle extractive colonial, il s'agit cette fois plus d'une conquête territoriale, mais d'une bataille pour le contrôle des infrastructures critiques et des routes d'exportation reliant les bassins miniers africains aux centres industriels mondiaux. 


LA CHINE FACE À L'OBSESSION DES TERRES RARES



La position chinoise dans cette compétition repose sur un ancrage ancien et méthodique. Dés le début des années 2000, Pékin a investi massivement dans l'amont minier africain, combinant prises de participation, financement concessionnels et accords à long terme. En RDC, les groupes chinois ( CMOC, Zijin Mining, TFM ) contrôlent plus de 60% de la production de cobalt et une part significative du cuivre industriel. Des actifs majeurs tels que Tenke Fungurume, Kisanfu ou Sicomines structurent durablement les exportations congolaises. Même sur des projets à capitaux mixtes, comme la mine de cuivre Kamoa-Kakula, joint-venture entre Ivanhoe Mines et Zijin Mining, une part importante des flux est destinée aux chaines industrielles asiatiques. Cette présence dans l'extraction est renforcée par une domination quasi structurelle sur les segments aval. La Chine concentre environ 70% des capacités mondiales de raffinage du cobalt, plus de 60% de celles de Lithium et prés de la moitié du cuivre raffiné. Cette maitrise industrielle confère à Pékin un avantage décisif. Même lorsque le minerai est extrait hors de Chine, la valeur ajoutée, chimique, industrielle et technologique, demeure largement localisée sur son territoire. Pékin en a profité et concentre actuellement plus de 90% de la production de terres rares raffinées. Cela lui donne un moyen de pression considérable en cas de tensions géopolitiques. 


LES ÉTATS-UNIS ET LE G7 FACE À LA CHINE 

Les Américains et leurs alliés du G7 ont engagé une inflexion de taille de leurs politiques africaines. L'enjeu n'est plus uniquement diplomatique ou sécuritaire, il est industriel. Sécuriser l'accès aux minerais critiques est présenté comme une condition de la transition  énergétique occidentale. C'est dans ce cadre que s'inscrivent le Partenariat pour les infrastructures et les investissements mondiaux ( PGII ) du G7 ainsi que la mobilisation croissante des agences de financement du développement. La logique est donc de diversifier les chaines d'approvisionnement, de réduire la dépendance aux routes asiatiques et de soutenir des corridors capables d'adosser les flux miniers africains à l'Atlantique. Au-delà des annonces politiques, cette inflexion occidentale s'appuie sur une architecture financière structurée. Les États-Unis mobilisent de manière coordonnée l'international Developement Finance Corporation  "DFC", l'export-Import Bank ( Eximbank ) et les instruments du département d'État ( DOS ) afin de soutenir des projets jugés stratégiques pour la sécurité d'approvisionnement. Il s'agit ici de moins de rompre avec la Chine que de réduire les dépendances critiques identifiées dans les chaines de valeur. Du côté européen, la stratégie ( Global Gateway ) poursuit un objectif comparable, en mettant l'accent sur les infrastructures de transport, d'énergie et de connectivité. L'UE considère les corridors africains comme des points d'ancrage permettant de sécuriser des flux de matières premières tout en soutenant l'intégration régionale. Dans cette perspective, le corridor de " Lobito " est présenté comme un projet emblématique, capable d'illustrer la crédibilité opérationnelle de l'offre occidentale face aux financements chinois. Néanmoins, le corridor de Lobito en question,  représente une infrastructure de haute tensions géopolitique. Reliant le port angolais de Lobito aux bassins miniers de l'Est de l'Angola, du Sud de la RDC et, à terme, de la Copperbelt zambienne, le corridor repose sur la réhabilitation du chemin de fer de Benguela. Il bénéficie d'une concession de trente ans attribuée à un consortium associant les groupes Trafigura, Mota-Engil et Vecturis, avec plus de 550 millions de dollars d'investissements annoncés pour la modernisation ferroviaire et portuaire. Fin 2025, les États-Unis ont renforcé leur soutien par un prêt de 553 millions de dollars accordé via la DFC, inscrivant des chaines d'approvisionnement. La mine de Kamoa-Kakula, l'un des plus importants complexes cuprifères au monde, a signé un accord de capacité portant sur 120 000 à 240 000 tonnes de cuivre par an. Des convois tests ont démontré la possibilité d'acheminer le minerai du Katanga jusqu'au port angolais en un peu plus d'une semaine. Le corridor de Tazara, reliant la Zambie au port tanzanien de Dar es-Salaam bénéficié d'un tracé opérationnel et d'une intégration régionale ancienne. Il fait désormais l'objet d'un vaste programme de réhabilitation, estimé à plus de 1,4 milliard de dollars, financé et piloté par des entreprises chinoises. Cette dynamique a été réaffirmée en décembre 2025 par les autorités chinoises, avec la présentation officielle du plan de modernisation de Tazara comme un projet stratégique inscrit dans la coopération sino-africaine à long terme. Pékin y met en avant la sécurisation des chaines d'approvisionnement, le soutien à l'industrialisation régionale et le renforcement de la connectivité Afrique océan Indien.  Cette communication ( Conseil des affaires de l'État chinois, "Joint Statement by China, Tanzania and Zambia on jointly building the TAZAR Rai-Lway Prosperity Belt", 13 décembre 2025"), confirme que, pour la Chine, le corridor constitue un maillon essentiel de la continuité logistique reliant les bassins miniers africains aux pôles industriels asiatiques, dans le contexte de rivalité croissante avec les initiatives occidentales. Pour Pékin, l'objectif est clair : sécuriser un accès direct aux minerais de la Copperbelt, tout en maintenant la cohérence d'une chaine industrielle largement tournée vers l'Asie. Dans cette configuration, la rivalité entre Lobito et Tazara ne produit pas seulement une concurrence d'itinéraires, mais l'opposition de deux architectures géoéconomique. Au delà de la compétition entre puissances, l'enjeu pour les économies africaines demeure celui de la valeur ajoutée. Les corridors réduisent les couts logistiques, améliorent la fiabilité des flux et renforcent la capacité de négociation des États enclavés. Néanmoins, ils ne constituent qu'une condition nécessaire et non une garantie de transformation économique. D'un point de vue africain, cette compétition internationale s'inscrit dans une trajectoire plus large portée par les cadres continentaux. L'agenda 2036 de l'Union africaine identifie les infrastructures régionales comme un levier central de transformation économique visant à dépasser la fragmentation héritée des économies coloniales. Les corridors de transport y sont conçus comme des catalyseurs d'industrialisation capables de structurer des bassins de production, d'attirer l'investissement et de soutenir la Zone de libre-échange continentale africaine ( ZLECAF ). À l'heure où le cuivre s'impose comme le métal clé du XXI siècle, la bataille qui se joue engage la capacité du système international à concilier transition énergétique, souveraineté économique et développement durable. Dysprosium, praséodyme, néodyme, ces 17 métaux sont indispensables dans de nombreuses technologies  écrans de smartphone, mais aussi dans la défense ( radars et systèmes de guidage de missiles ) et les énergies bas carbone  éoliennes ou moteur de voitures électriques . La Chine contrôle les flux, elle extrait environ 60% du minerai et raffine entre 90% et 100% selon les terres rares. L'Europe, elle aussi, est très dépendante de l'extérieur, comme en témoignent les chiffres de l'Office allemand des statistiques "Destatis."  L'Allemagne a importé de la Chine 65,5% de ses terres rares en 2024. Le reste provient d'Autriche et d'Estonie, où des minerais sont raffinés. Pour s'extirper de ce gluau, l'Europe s'est dotée d'outils visant à sécuriser ses approvisionnements. En 2023, l'UE a adopté une taxe de loi sur les matériaux critiques " Critical Raw Material Act". Selon ce dernier, d'ici à 2030, 10% de la consommation des métaux doit être couverte par des métaux transformés sur le continent et 25% issus du recyclage. En outre, l'UE ne devra pas dépendre à plus de 65% d'un seul fournisseur. Compte tenu des tensions grandissantes, Bruxelles a récemment dévoilé une liste de 47 projets stratégiques, qui bénéficieront d'un soutien financier renforcé et de facilités administratives pour accélérer l'obtention des autorisations. Dans le cas des terres rares, le plus grand gisement d'Europe, découvert en Suède, a été intégré à cette liste. Deux projets de raffinerie en France, l'un à Lacq, dans le Sud-Ouest, et l'autre à la Rochelle, porté par Solvay ont reçu le soutien de la commission. Pour la France, cette diversification est capitale pour permettre à l'UE de rester indépendante lors des crises géopolitiques et diplomatiques futures. L'arme des métaux est à double tranchant. En fermant la vanne, les groupes miniers sont incités à investir, non seulement pour répondre à la demande, mais surtout parce que les prix augmentent fortement. Sachant , que le prix des terres rares est relativement opaque car il n'existe pas encore de marché à terme comme pour le cuivre. Le bismuth, qui n'est pas une terre rare, a récemment flambé de 500% aprés que la Chine a instauré des restrictions sur les échanges. Enfin, spectateur dans le conflit frontal qui oppose Pékin et Washington, l'Europe pouvait espérer être épargnée par la guerre des métaux rares qui oppose les grands rivaux. Il n'en est rien, car les restrictions à l'export décidées début avril par la Chine, en riposte à la guerre commerciale de Trump, s'appliquent aussi à l'Europe, qui est tout aussi dépendante que les États-Unis des terres rares chinoises. Bien que les américains aient rouvert la mine de Mountain Pass, en Californie, ils doivent encore envoyer leurs minerais en Chine pour le raffiner !

LA CHINE, CAP SUR 2049 

En 2024, la Chine a déposé 1 millions 800 000 brevets contre 500 000 pour les États-Unis, 400 000 pour le Japon, 50 000 pour la France, alors qu'on est septième. Donc l'innovation ce qui pense que la Chine copient 20 ans de retard. Le développement de la Chine qui a été annoncé il y a quelques temps, qui vont faire passer les industries numériques de 10, 5% à 125% du PIB d'ici à 2030. Et surtout ils veulent maintenir leurs dépenses de recherche et développement à 7% du PIB. On est à 2% en France. Donc, ils ont un PIB 6 fois plus large que le nôtre et ils ont 3 fois plus de R&D que la France sur un potentiel six fois plus avancée. La Chine nous a déjà dépassé très largement en termes d'innovation. Et ça, c'est une menace considérable. Si la France arrête d'innover, le pouvoir d'achat va continuer à stagner, suivie d'une récession, et une période de baisse du pouvoir d'achat. La Chine avec sa capacité d'innovation, sa capacité à déposer autant de brevets, est en train de construire le monde de demain. Ils ont décidé d'accélérer dans dix secteurs industriels : les semi-conducteurs, les robots humanoïdes, la science du vivant, les batteries de nouvelles génération, les fusées réutilisables, l'aéronautiques, les drones, l'hydrogène vert, les interfaces cerveau machine et les équipements médicaux. Ils ont aussi listés six industries du futur sur lesquelles ils projettent prendre le leadership, le quantique, la fusion nucléaire, la 6 G, les interfaces cerveau machine, l'IA embarquée et le biomanufacturing, supercalculateur, algorithme d'IA, l'ordinateur quantique, la fusion nucléaire, la biotech, le génome, le traitement des maladies rares, l'exploration polaire, marine, spatiale, et les neurosciences. 



Cette avancée dans tous les domaines , ça donne à la Chine la capacité de rendre l' appareil productif mondial complétement obsolète en quelques années seulement.  

MOHAMMED CHÉRIF BOUHOUYA 










                                           








 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 



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