GEOPOLITIQUE DE l'IRAN
SENESCENCE D'UNE PLOUTOCRATIE
Si l’islam est né d’une expérience fondatrice reconnue
par tous les musulmans, laquelle a donné naissance aux références fondamentales pour le Croyant
que sont le " Coran et la Sunna", cette religion doit prendre sa
source des deux piliers qui sont le Coran et la Sunna. En effet, il n’existe
qu’une seule et unique manière
d’être musulman, dans la mesure
où le Coran n’a désigné aucune
autorité spirituelle pouvant légitimer un clergé vertical et centralisé, auquel
le fidèle devrait obéir, mais a conféré à la Communauté des Croyants ( la Oumma)
et à l’individu la responsabilité de vivre La révélation.
Il y eut donc rapidement discorde
sur l’autorité devant
s’exercer dans la Oumma
et sur son rôle. Ainsi, l’islam
se divisa dès le VII siècle en différents courants
religieux, dont les principaux
sont le sunnisme, le chiisme et le kharidjisme. Après la mort du Prophète, les problèmes de succession ne prirent pas des formes
violentes et le choix des
dirigeants semble avoir été bien accepté par tous les musulmans, Abou Bakr, fut le premier calife et se trouva élevé par la Oumma
au rang de représentant de l’Envoyé de Dieu d’où calife. En effet, le chiisme
est né à l’époque de la Fitna, lorsque se sont posés des problèmes d’autorité sous le califat
d’Ali. Les membres du parti d’Ali
tenaient au principe dynastique, réservant le califat à la prospérité du
Prophète, c’est-à-dire à Ali et à ses descendants, en claire une monarchie
semblable aux monarchies du Golfe où les familles règnent
en maître et sans partage
avec le peuple, ce qui n’est
pas le cas de l’islam. Si aucun musulman n’a
jamais fortement contesté l’idée qu’aucune autorité proprement cléricale ne peut s’établir dans la Oumma, certains
ont, en revanche, l’idée qu’une véritable autorité spirituelle et temporelle avait pu être transmise légitimement par le Prophète
à un successeur désigné; C’est la position
des partisans d’Ali ( les chiites) cousin
et gendre du
Prophète . Comme cela a été dit plus haut, rien dans le Coran tel qu’il a été constitué
et révélé jusqu’à nos jours ne permet de soutenir
une telle thèse. Sachant que du vivant
d’Ali, l’on rencontra une telle vision des choses avec la secte des (Sabaiiya) fondés par Abd Allah Ibn-Saba
(VII siècle), que l’on dit avoir été un Juif de Koufa islamisé. Pour Abdallah Ibn-Saba, Ali était une émanation du Divin, il était monté aux cieux
et reviendrait comme Mahdi à la fin des temps. Malgré les efforts d’Ali pour l’éradiquer, cette conception émanationniste existera tout au long de l’islam ; et durant le califat
d’Ali, il assassinait tous les partisans du chiisme le considérant comme l'incarnation de Dieu sur terre . Au fil du temps,
le chiisme s’est implanté comme du venin au sein de la péninsule arabique
et dans la communauté musulmane jusqu'à nos jours. Sur le plan doctrinal, le chiisme et la continuité de la défaite
de l'empire "Perse" par les musulmans et donc
une vengeance éternelle contre cette religion
et surtout le sunnisme tel qu’il a était établi par le Prophète lui-même. Sachant
que le deuxième calife Omar, a était poignardé durant la première prière par
Abou- Loualoua El-Majoussi ( un Perse) et le troisième calife
Ottomane fut décapité par Ibn-Sabaa et ses partisans. Au plan dogmatique, cette forme du chiisme mit en avant, que le Prophète a était empoisonné par Abou-Baker, Omar et Ali
était derrière l’assassinat d’Omar. De la sorte,
les ismaéliens construisirent une pensée religieuse complexe et paradoxale. Rejetant l’attachement traditionnel à la Lettre du Coran, cette forme du chiisme mit en avant comme tous les autres courants chiites, le
sens caché et implicite de la Parole divine accessible à travers l’interprétation des" initiés" et en particulier des "saints imams infaillibles et choisis par Dieu" ? Paradoxalement sein du sunnisme, il n’est de responsabilité dévolue
qu’à la Oumma, c’est-à-dire à l’ensemble des Croyants et à chaque
Croyant à l’intérieur de cet ensemble, et que cette responsabilité est double . Il s’agit, d’une part, de
la commanderie du bien et de l’interdiction du mal et, d’autre part, du témoignage que cette communauté à travers son organisation générale
et à travers chacun de ses
membres peut porter des hommes auprès de Dieu. Ils attestent
de ce qu’ils sont entrés
dans le dessein
divin et ont rendu hommage
à la Réalité et à la Vérité
du Créateur. Ainsi, toute la vie du musulman
prendra sens autour
de cette responsabilité et toutes les fonctions et les rôles à l’intérieur
de la société musulmane découleront de cette mission Coranique dévolue à
la Oumma . Ainsi également, la tâche de sacraliser la vie appartiendra à chaque Croyant
et non pas à des détenteurs d’une "autorité sacerdotale
jouissant d’un monopole liturgique, sacrificiel ou sacramental; les chiites
opèrent des constructions dogmatiques en postulant la légitimité d’une autorité
suprême après le Prophète."
SEFFEVIDES ET LA NAISSANCE DE L’IRAN CHIITE
À l’orée du XVI siècle,
une nouvelle dynastie
arrive au pouvoir
en Iran. Elle fonde un État ploutocratique et impose le chiisme comme religion officielle. Une décision qui oppose
le pays au reste du monde musulman
considérée comme agnostique et hérésiarque. Fondée par chah Ismaïl I en 1501, la lignée des Séfévides a régné sur la Perse jusqu’en 1722, date de l’invasion afghane qui mit
fin à l’autorité effective de la dynastie. Celle-ci perdure
toutefois jusqu’en 1732,
les derniers souverains n’exerçant plus qu’un
pouvoir nominal. L’État impose le chiisme comme religion officielle dès sa fondation .Cette doctrine
proprement dit, mais l’oppose à ses puissants voisins : Ottomans
à l’ouest, Ouzbeks au
nord-est, puis Moghols à l’est, tous pratiquant le sunnisme. Après la période agitée
de chah Ismaïl ( 1501-1524), le règne de chah Tahmasp
I (1524-1576) apparaît comme
une période moins troublée, relativement prospère. Mais c’est sous chah Abbas I (1588-1629) que la dynastie
connaît son véritable
apogée, tant dans son étendue
territoriale que pour son essor économique si ses successeurs immédiats parviennent à maintenir une stabilité relative, la fin de la
dynastie s’annonce au tournant des XVII et XVIII siècles. En effet, la conquête
du pouvoir par chah Ismaïl s’est faite par les armes : le jeune
prince a d’abord conquis
l’Azerbaïdjan et fait de Tabriz sa capitale en 1501, en chassant le dernier
souverain des Moutons blancs. Dès 1505, il se lance dans la conquête du Khorasan, la riche province
orientale de l’Iran,
et parvient à
chasser les Ouzbeks de Harat (Afghanistan
actuel). Mais la montée en puissance des Séfévides provoque
rapidement la réaction
des Ottomans : le
sultan Selim I leur inflige ainsi en 1514 une cuisante défaite lors de la
bataille de Tchaldiran. Les souverains suivants, jusqu’à chah Abbas, devront
sans cesse composer avec leur puissant voisin, qui pille le territoire Séfévide
à de nombreuses reprises. Ismaïl meurt en 1524, âgé de 38 ans, laissant
le trône à son fils Tahmasp,
qui n’a que 10 ans Jusqu’en 1533 le royaume connaît une période
d’instabilité politique qui ne passe pas inaperçue aux yeux de ses voisins
: à l’est, les Ouzbeks
envahissent Harat et le Khorasan
par cinq fois Harat sera reprise par Tahmasp en 1537; dans la foulée,
il se lance à la conquête de Kandahar, tenue alors par les Moghols. Mais la menace ottomane
à l’ouest est autrement redoutable : l’Azerbaïdjan, avec sa capitale, Tabriz, ainsi que les villes de
l’Irak (Bagdad, Nadjaf et Karbala) sont frontaliers des territoires ottomans et
donc vulnérables. Soliman le Magnifique succède
à Selim I en 1520; après avoir conquis la Hongrie et conclu un traité de paix avec l’Autriche en
1533, il s’attaque à ses frontières orientales. Ainsi, en 1534,
les Ottomans occupent Tabriz puis Bagdad L’année suivante,
Tahmasp réinvestit Tabriz,
puis réussit à reprendre tous les territoires envahis, à l’exception de
Bagdad. Ces petites victoires, quoiqu’elles esquivent la confrontation directe avec les armées de Soliman, augmentent le prestige de
Tahmasp. En mai 1555, la signature du traité de paix d’Amasya
marque une trêve
définitive entre les deux souverains. Tahmasp meurt le 14 mai 1576; le bilan de son long règne est contrasté
: il est parvenu à contenir les appétits de ses voisins,
mais le pays traverse une crise politique profonde qu’illustrent les querelles
de succession. Les règnes de ses deux
héritiers Ismaïl II (1576- 1578)
et Mohammed Khodabanda ( 1578- 1588) échouent
à redorer le blason des Séfévides parmi les empires du moment. Au fil du temps, Chah Abbas I, contemporain d’Élisabeth première d’Angleterre, de Philippe II
d’Espagne, de Rodolphe II de Habsbourg ou d’Ivan le Terrible, est considéré à
juste titre comme le souverain le plus puissant de la dynastie. Plusieurs échanges
d’ambassades ont du reste lieu entre sa Cour et certaines de ces
monarchies européennes. Après avoir pacifié
le pays et étendu son domaine du Caucase et de l’Irak jusqu’à Harat et aussi l’Afghanistan, grâce à ses alliances
avec les Européens, chah Abbas conclut
des traités avec les Moghols,
les Ottomans et les Ouzbeks. La puissance de l’empire et sa stabilité sont propices au commerce, qui devient florissant, ainsi qu’aux attributs des
franchises de douanes à des marchands européens et facilite le commerce
international, dans lequel les Arméniens d’Iran jouent un rôle majeur d’intermédiaire. Le pays se pare de monuments
prestigieux : palais,
mosquées et sanctuaires des imams chiites se multiplient et s’enrichissent,
alors que les ports, les routes et les caravansérails bénéficient de l’intérêt
du souverain Chah Abbas I meurt
le 19 janvier 1629. Ses successeurs chah Safi I ( 1629-1642) et chah Abbas II (1642-1666), parviennent, non sans mal, à préserver une certaine
prospérité, en dépit de pertes territoriales (Arménie, Irak). Si les Ottomans et les Moghols
demeurent des voisins
agressifs, les Ouzbeks
ne représentent plus une
menace pendant cette période. Les règnes de Safi II (ou
Suleyman, 1666-1694), puis du Sultan Hoseyn (1694-1722) connaissent la désagrégation progressive du pouvoir royal,
volontiers confié à des camarillas. Cette période d’instabilité
s’aggrave de facteurs naturels, séismes, épidémies, famines combinés à une
gestion désastreuse des finances, des hausses d’impôts inconsidérées et des persécutions, notamment contre
les sunnites qui considèrent cette période comme
une malédiction Divine contre les impies. L’une de ces tribus
sunnites persécutées, celle des Afghans
ghalzai de Kandahar,
sera à l’origine d’une révolte
qui engendra la fin des Séfévides. Les Afghans sunnites
conquièrent Ispahan en 1722 et déposent Hoseyn. Quelques souverains de façade
suivent, dont Tahmasp II (1722-1732) Son autorité est bafouée
par Nadir Chah, qui se proclame roi en 1736, inaugurant sa propre
dynastie qui prendra fin quelque temps après.
CONSTRUCTION DOGMATIQUE DU CHIISME
Dans le chiisme,
seuls peuvent être imams les descendants d’Ali. L’imam chiite
(l’ayatollah "suprême"?) est le guide des Croyants, c’est-à-dire le véritable chef
spirituel de la Oumma, à la différence des califes désignés par les sunnites
dont les chiites
ne reconnaissent pas l’autorité. Si dans le sunnisme,
la Tradition des dires du Prophète ainsi que les interprétations des écoles
sunnites précisent le Coran, dans le chiisme c’est l’imam qui rend la Parole
divine Lisible aux hommes, même s’il existe aussi un respect des dires du
Prophète. L’imam ou l’ayatollah pour les chiites
peut recevoir directement la Révélation divine
et conduit au rang supérieur que les Prophètes, les messagers de Dieu et
même les Anges." Le dogme dominant exige
qu’un imam soit une émanation, une incarnation, une transfiguration de Dieu." Aux yeux des chiites, les imams, Ali puis ses descendants, doivent
diriger l’État lion d’être des êtres humains ordinaires, ils sont directement désignés par Dieu, et sont en
conversation permanente avec Lui . Les imams, en réalité, sont quasiment des personnages «divins». Au contraire, pour les sunnites, les successeurs du Prophète, qu’ils nomment les califes par assentiment, n’ont pas de caractère divin. Ils gouvernent au nom de l’islam,
dont ils affirment appliquer les principes, "mais n’ont pas d’accès privilégié à Dieu " et ne sont
pas non plus des érudits religieux. Ainsi, le statut et la nature des imams
sont au cœur des divergences théologiques entre
sunnites et chiites. Outre les doctrines, certaines pratiques rituelles
distinguent les deux branches. Ainsi, les sunnites et les chiites ne prient pas tout à fait de la (même)
manière. Les chiites ont aussi développé de nombreux rituels de vénération des
imams. Au sein du chiisme
duodécimain, qui est le courant majoritaire du chiisme, une lignée de douze imams est reconnue,
dont le douzième aurait été occulté à la vue des hommes depuis 13 siècles? Le dernier imam est censé
revenir à la fin des temps pour rétablir le règne de la justice. De magnifiques mausolées ont été construits sur la tombe des imams,
autour desquels se sont
développés des pèlerinages, dont le plus connus restent celui de Najaf en Irak,
où se trouve le tombeau du premier
imam Ali, et celui de Karbala, également
en Irak, autour
du tombeau de Hussein, troisième imam et fils d’Ali,
assassiné lors d’une bataille qu’il a
opposé au calife Yazid fils de Mouayia Ibn-Aby- Sofiane en 680 . Parmi les grandes tendances du chiisme, on trouve
les Zaydites, les Ismaéliens, les Nousayris
ou Alaouites, les Druzes, les Nazarides et Moustalides.
LES ETATS-UNIS/ ISRAEL/ LES MONARCHIES DU GOLFE ET L'IRAN

Sous le shah d'Iran, érigé en gendarme du Golfe et armé jusqu'aux dents par les Etats-Unis. Depuis la révolution islamique des mollahs en 1979 et l'arrivée au pouvoir de l'ayatollah Khomeiny, il est le cauchemar des monarchies Arabes sunnites, et l'obsession des Américains qui ne pardonneront jamais la prise en otages de leurs diplomates en 1979-1980. La profonde méfiance anti-arabe qui rapprochait autrefois l'Iran et Israël a été supplantée ces dernières décennies, et plus encore ces dernières années, par une alliance de facto israélo saoudienne contre le régime des mollahs de Téhéran, illustrée par l'Alliance d'Abraham promue par Trump et poursuivie par Biden jusqu'au coup d'arrêt violent de Gaza. Elle aurait auparavant été renforcée par les violentes menaces d'Ahmadinejad contre Israël et les opérations déstabilisatrices des Gardiens de la révolution partout où il y a des chiites dans la région: Irak, Syrie, Bahreïn, Yémen, Liban et l'Afghanistan. Sachant que lors du conflit syrien, le Hezbollah, les gardiens de la révolution et autres milices iranien ont commis un génocide en Syrie et en Irak contre les minorités sunnites, plus de 2 millions de morts et 10 millions de déplacés. La tentative solitaire et courageuse d'Obama de geler, grâce à l'accord de 2015, la menace nucléaire iranienne, à défaut de pouvoir empêcher les autres actions iraniennes mais en faisant le pari que la société iranienne moderne submergerait le régime si le pays se développait, était à mon avis la politique la plus intelligente possible. Plus que les sanctions sans fin, ou la guerre. Elle a été pulvérisée avant d'avoir pu produire ses effets positifs par la politique du pire menées par Trump de 2017 à 2020. Trump, les Saoudiens "MBS," les Émiriens, et les nationalistes israéliens, Likoud et ses alliés extrémistes, ne visent en fait qu'un objectif : que les Mollahs soient discrédités, que le régime s'effondre, du fait d'une révolte interne provoquée par des sanctions cyniques. Avec l'implication direct de Trump, aprés une nouvelle révolution, et un autre régime, celui-ci a montré sa cruauté et jusqu'ici hélas son efficacité dans la répression du peuple.
Dans l'architecture géopolitique Trumpiste, les tentatives de déstabilisations que ce soit au Venezuela ou en Iran, Trump veut assécher la Chine notamment concernant les hydrocarbures, ( pétrole contre les terres rares ). Dans l'immédiat, l'effet des frappes israéliennes très ciblées contre les installations iraniennes de missiles, l'infiltration du Mossad et la CIA dans le pays , le guide suprême et les gardiens de la révolutions assassinent impitoyablement leurs propre peuples avant d'être eux aussi soit capturés ou décapités sur les places publiques.
MOHAMMED CHERIF BOUHOUYA
Enfin,
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